Ceux qui restent sur place…

Comment se "débrouillent" les personnes restées dans les petites villes du Bassin d'Arcachon alors que le feu qui ravage les landes de Gascogne, épuise hommes, bêtes et sol, que le vent tourne en permanence apportant avec lui, odeur de brûlé et particules fines ?
On s'imagine les villes vides et pourtant, en dehors des élus, de certains employés municipaux, de quelques commerces, certains habitants d'Andernos-les-bains, se souvenant des incendies de 1949 où le feu s'était de lui même arrêté à la voie de chemin de fer, devenue depuis la piste cyclable, sont restés chez eux. En 49, les gens sont restés et arrosaient leurs maisons avec leur tuyau d'arrosage. D'aucuns s'étaient réfugiés sur la plage, un matelas sur leur tête pour s'abriter des pommes de pin enflammées qui tombaient dans les jardins. Aujourd'hui, en juillet 2026, ils sont restés ..avec les clefs de toutes les habitations voisines, les propriétaires leur ayant dit en partant : "servez-vous dans le réfrigérateur, il y a des légumes, de la viande qui vont se périmer" et pendant huit jours ils firent ainsi. Plus de gaz toutefois car, pour des raisons de sécurité, le gaz a été coupé. Mais le micro-ondes fonctionne. Par contre, pas de problèmes pour trouver (à ce moment-là) du carburant. Un air pur, un ciel bleu : Andernos serait-il dans l'oeil du cyclone ? Lundi matin, saut à la superette du coin qui, malheureusement pour eux n'ouvrait que pour ravitailler les pompiers. Heureusement, il y avait des conserves chez une autre voisine. Lundi après-midi ; plus de médicaments anti-aigreurs d'estomac. Il y a une pharmacie de garde dans la ville voisine à 5 km. A la sortie de la ville, les gendarmes, fort courtois, leur interdisent d'aller plus loin : ils craignent que le vent ne tourne, que les feux ne reviennent (Se méfient-ils des faux prétextes, des monte-en-l'air qui iraient visiter les maisons inoccupées ?) on parvient à savoir que deux médecins sont revenus à Andernos. Mais pas de médicament disponible. Ces habitants ont près de quatre-vingt ans.... Ils poursuivent leur quête : heureusement, il y a deux boîtes de ce médicament dans la maison voisine....Et pour le pain ? Toute personne circulant avec une baguette à la main se voit interpellée "mais où avez-vous trouvé cela ?" Cela reste encore un mystère mais tout cela évoque le temps des tickets de rationnement.. Il restait du pain congelé chez une autre voisine. Rester c'est aussi s'exposer aux réprimandes, voir aux vociférations de ceux qui oeuvrent pour le "bien-commun": un employé municipal, un gendarme qui, surmené, parle d'envoyer au poste une personne désireuse de se rendre dans la ville voisine pour trouver une pharmacie, un fonctionnaire un peu trop zélé qui pense que ceux qui restent sont des imbéciles : il y a parfois des tempéraments de juge ... Qui connaît les déchirements de ceux qui sont restés ?
On se pose des questions sur la gestion des retours : les habitants rentreront lorsque les feux seront fixés mais ce sera sans doute à chacun de se débrouiller avec l'aide ou pas des voisins.

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