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Biodiversité : ne pas se tromper de combat

Chasse, pêche et agriculture : trois fléaux pour la biodirversi

Selon l’article publié dans la revue Nature du mercredi 10 août 2016 , la chasse, la pêche et l’agriculture sont les premières causes de l’érosion de la biodiversité. Sans nier les méfaits du dérèglement climatique sur les écosystèmes, les auteurs estiment donc que la lutte contre le réchauffement « ne doit pas éclipser des priorités plus immédiates pour la survie de la flore et de la faune du monde ».

Pour la vie sauvage, « les vieux ennemis » que sont la surexploitation des ressources et l’accaparement des terres restent « les plus grandes menaces actuelles » et, en conséquence, les efforts doivent d’abord viser à « minimiser leurs impacts ». Pour le premier rédacteur de l’article, Sean Maxwell (université du Queensland), cette préoccupation doit être mise « en première place » des plans d’action et de financement visant à combattre la perte de biodiversité.

Ce message s’adresse aux milliers de participants –  décideurs, responsables politiques, ONG, chercheurs, représentants des peuples autochtones, industriels – attendus au Congrès mondial de la nature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), du 1er au 10 septembre, à Hawai.

http://www.tahiti-infos.com/Le-plus-grand-congres-sur-la-protection-de-la-nature-s-ouvre-jeudi-a-Hawaii_a152358.html

Pour en savoir plus :  la Chasse  et le braconnage : près de 1 700 espèces animales sont ainsi victimes de chasse illégale ou de trafic, à l’exemple de l’éléphant d’Afrique, du rhinocéros de Sumatra, du gorille de l’Ouest ou du pangolin de Chine. Dans le même temps, plus de 4 000 espèces tributaires des milieux boisés, comme le rhinopithèque de Stryker (singe du nord-est de la Birmanie), la turdinule de Bornéo (oiseau passereau) ou la crocidure de Nicobar (musaraigne), sont menacées par des coupes forestières à grande échelle.

Au deuxième rang des fléaux arrive l’agriculture. Son emprise croissante, pour les besoins cumulés de l’alimentation humaine, du fourrage et de la production d’agrocarburants, provoque la destruction accélérée des habitats naturels, au détriment de 62 % des espèces. De multiples animaux en paient le prix, tels que le guépard africain, la loutre de Sumatra, le cerf des Andes, le lycaon (aussi appelé chien sauvage d’Afrique) ou encore le rat-kangourou de Californie.
Le changement climatique en septième position

Et le changement climatique ? Souvent mis en avant, il ne se classe pourtant qu’en septième position dans l’échelle des risques pour la biodiversité. Derrière le développement urbain, les espèces invasives, la pollution et la transformation des milieux due aux feux ou aux barrages. Et devant les dégâts causés par les déplacements humains, les routes et voies ferrées ou l’extraction minière.

Inondations, tempêtes, sécheresses, canicules et montée du niveau des mers compromettent la survie de 19 % des espèces étudiées. Parmi elles, le phoque à capuchon, dont la population a chuté de 90 % au cours des dernières décennies en raison de la fonte de la banquise arctique, ou encore l’hippopotame commun et la tortue luth, tous deux mis à l’épreuve par des chaleurs et des sécheresses plus intenses.
Les solutions ne manquent pas, soulignent les chercheurs, qui citent la lutte contre les trafics d’espèces sauvages, le renforcement du contrôle de la chasse et le développement des aires marines protégées, en même temps que la promotion de pratiques agricoles durables ou la réduction de l’usage de pesticides.

Reste, ajoutent les auteurs, que le changement climatique, s’il ne constitue pas aujourd’hui le danger le plus brûlant pour la vie animale et végétale, va devenir dans les prochaines décennies un « problème de plus en plus dominant dans la crise de la biodiversité ». D’où l’importance de s’attaquer aux causes actuelles de son érosion, afin qu’elle résiste mieux à la surchauffe annoncée.

Il y a urgence. Selon la dernière liste rouge de l’UICN, plus du quart des espèces sont menacées d’extinction à l’échelle de la planète, dont 42 % des amphibiens, 34 % des conifères, 33 % des coraux, 31 % des requins et raies, 26 % des mammifères et 13 % des oiseaux.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/08/10/chasse-peche-et-agriculture-trois-fleaux-pour-la-biodiversite_4981047_1652692.html#xqyYkMhd5PFHIUa4.99

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PROTEGER LE CAPITAL NATUREL DE L EUROPE

L’état environnemental de l’UE est ausculté dans le 4e rapport quinquennal de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), publié ce lundi. En dépit de certains progrès depuis une décennie, de nombreux problèmes persistent ou s’aggravent. L’édition 2010 prône une approche intégrée des politiques et la création d’une « économie verte » basée sur une gestion efficace du capital naturel. « Nous consommons davantage de ressources naturelles qu’il ne le faudrait pour assurer la stabilité de nos écosystèmes. Cela vaut tant pour l’Europe que pour la planète entière, déclareJacqueline McGlade directrice exécutive de l’AEE. Le changement climatique constitue jusqu’à maintenant le signe le plus visible de cette instabilité, mais une série de tendances mondiales suggèrent l’émergence future de risques systémiques plus importants pour les écosystèmes ». Le diagnostic est posé et l’alerte lancée. La citation résume un des points clés de la nouvelle étude de l’AEE : l’accélération de la demande mondiale en ressources naturelles qui exerce une pression accrue sur les écosystèmes mais aussi sur les économies et la cohésion sociale en Europe et ailleurs dans le monde. Cet opus est constitué de 4 volets: des évaluations thématiques (changement climatique, biodiversité, environnement marin, consommation, etc.) ; une évaluation des grandes tendances mondiales ; des évaluations nationales et un rapport de synthèse. Selon ce dernier, l’état de l’environnement s’est globalement amélioré depuis 10 ans dans l’UE. Mais plusieurs objectifs sont encore loin d’être atteints. Concernant le changement climatique, l’AEE rappelle les progrès accomplis par l’UE en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de développement des énergies renouvelables. En 2009, les émissions de l’UE-27 ont été inférieures de 17 % comparées au niveau de 1990, proches de l’objectif de -20 % d’ici 2020. L’UE-15 devrait en outre largement respecter le protocole de Kyoto [voir le JDLE]. Reste que les émissions des transports continuent d’augmenter (+24 % entre 1990 et 2008). Et l’UE est encore loin d’être sur les rails pour l’objectif de réduction des émissions de 80 à 95% d’ici 2050 pour limiter le réchauffement global à 2°C. L’UE devra en outre relever le prochain défi, l’adaptation aux impacts du changement climatique. En termes de biodiversité et de santé environnementale, le bilan est plus contrasté. Au crédit, le réseau Natura 2000 et les législations sur la qualité de l’air et de l’eau (bien que les résultats ne soient pas satisfaisants dans toutes les régions, en particulier pour les particules fines et l’ozone au sol). Au débit, l’intensification de l’exploitation des terres, la disparition d’habitats et la surpêche qui « ont empêché l’UE d’atteindre son objectif de mettre un terme à la perte de la biodiversité d’ici 2010 ». La priorité ? Intégrer les objectifs de protection de la biodiversité dans toutes les politiques (agriculture, pêche, aménagement du territoire). La production des déchets, toujours en hausse dans l’UE, est également un échec pointé dans le rapport. L’utilisation efficace des ressources est le leitmotiv du rapport de l’AEE. Pour l’atteindre, le rapport prône « une comptabilisation et une évaluation financière prenant pleinement en compte les impacts de l’utilisation des ressources ». Le rapport note en effet que la poursuite de l’épuisement du capital naturel va inexorablement miner l’économie et éroder la cohésion sociale. Or la transition vers une économie faible en carbone devrait intensifier la demande sur les écosystèmes. La compétition pour l’accès aux terres cultivables entre les biocarburants, la chimie verte et l’alimentation en est une illustration, selon l’AEE. Les défis environnementaux identifiés dans le rapport ne datent pas d’hier. Ce dernier met néanmoins en lumière une meilleure compréhension des relations entre le changement climatique, la biodiversité, l’utilisation des ressources et la santé publique. « Ce qui a changé, ajoute l’AEE, c’est la vitesse avec laquelle l’interconnexion diffuse les risques et accroît les incertitudes sur la planète». Les exemples récents de la crise financière ou de l’éruption du volcan islandais l’ont démontré. Le rapport 2010 insiste sur la manière dont l’aménagement du territoire, la fiscalité écologique, la prévention de la pollution, le principe de précaution et la comptabilité des ressources peuvent renforcer une approche de gestion intégrée. Au menu des recommandations figurent également le renforcement des politiques environnementales, une meilleure intégration des différentes politiques (limiter le changement climatique tout en améliorant la qualité de l’air, par exemple) ; une meilleure participation des citoyens ; une gestion spécifique du capital naturel et des services rendus par les écosystèmes et une transformation vers une économie verte utilisant efficacement les ressources. Cela exige que toutes les ressources environnementales (la biodiversité, le territoire, le carbone, l’eau, la mer et l’air) soient intégralement prises en compte dans la production, la consommation et les décisions relatives au commerce international. « Il n’existe pas de solution miracle. Les responsables de la réglementation, les entreprises et les citoyens doivent coopérer pour trouver des moyens innovants pour une utilisation plus efficace des ressources », souligne Jacqueline McGlade.