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Les dangers du mode de gestion industrielle de la forêt dans le massif landais.

Plage boisée du Bétey  2019

 

Une consultation sur un projet de programme régional Forêt Bois sur les forêts de toute la nouvelle Aquitaine a lieu jusqu’au jeudi 16 janvier 2 020. Prévu pour 10 ans, ce programme prévoit d’augmenter les coupes de bois de 25 %, de mettre en place, pour une gestion industrielle du bois, le regroupement de petites parcelles et d’intensifier les pratiques de gestion industrielle de la forêt. Nous sommes habitués dans les Landes à voir d’immenses parre-feux, indispensables à la prévention des incendies. Nous sommes habitués aux rangées de pins, aux coupes rases… Mais nous sommes habitués aux forêts mixtes de chênes pédonculés et arbousiers et pins et…. aux airials à l’ombre rafraîchissante, aux zones humides, vestiges d’un passé…

Progressivement nous avons vu le cycle de vie des pins raccourcir, les coupes rases se faire de plus en plus nombreuses, la régénération naturelle disparaître au profit de plantations de petits pins, l’apparition de gigantesques abatteuses qui bouleversaient les chemins et faisaient disparaître les ruisseaux. Nous avons du protester contre l’utilisation d’engrais chimiques et pesticides de synthèse dans le parc naturel régional des Landes. Nous avons vu le pin maritime, endémique disparaître au profit d’un pin américain, plus rentable. Nous avons vu les efforts de certains forestiers de l’association  Prosylva pour mettre en place une gestion différenciée de leur forêt et, sur leurs parcelles, nous avons vu la différence.

Avec la sécheresse de ces dernières années, nous avons vu la progression des scolytes dans ces monocultures d’arbres…

Nous avons vu le pin Douglas envahir le Limousin ce que rapelle le film « Le temps des forêts ».

Et nous espérions que ces données factuelles seraient prises en compte lors de l’élaboration du programme. Mais il n’en est rien. C’est pourquoi nous avons émis un avis défavorable sur ce projet.

Arguments des associations :

Les associations de protection de la nature s’inquiètent des conséquences destructrices du programme régional forêt bois sur les forêts de toute la Nouvelle Aquitaine.

Nous comptons sur vous pour contribuer à la consultation du public qui se déroule actuellement sur le projet de PRFB. Plus nous serons nombreux, mieux cela vaudra.

Il faut pour cela aller sur le site de la DRAAF : http://draaf.nouvelle-aquitaine.agriculture.gouv.fr/PRFB-Consultation-du-public où l’on peut lire tout en bas : «Les contributions peuvent être recueillies jusqu’au 16 janvier 2020, par courriel à l’adresse suivante » (simple adresse mail) : prfb.draaf-nouvelle-aquitaine@agriculture.gouv.fr

Il vous suffit de donner un avis défavorable avec vos arguments, en évitant le « copié-collé » qui risquerait de ne pas être comptabilisé.

Pourquoi sommes-nous défavorables à ce projet ?

Les PRFB doivent, outre des objectifs socio-économiques bien compréhensibles, envisager également des mesures d’atténuation  et d’adaptation au changement climatique et créer de la valeur dans le cadre de la croissance verte en gérant durablement la ressource. Ceci implique des opérations visant à « connaître, préserver et valoriser la biodiversité » et à « mieux connaitre les services rendus par le fonctionnement des écosystèmes forestiers ».

Les enjeux environnementaux (« stockage de carbone en forêt dans le bois et le sol, évaluation et préservation de la biodiversité ainsi que de la multifonctionnalité des écosystèmes forestiers. »), ignorés au départ, ont pu être finalement reconnus grâce aux associations, mais cela n’a pas été transposé concrètement dans les fiches-actions. Cela impliquait évidemment des comparaisons entre des monocultures de résineux (Pins, Douglas ou autres) et de vrais écosystèmes forestiers avec des essences mélangées et tout un cortège de végétaux et animaux en coévolution !

Aucune évaluation quantitative ni mesure concrète n’est envisagée pour préserver la biodiversité et les services écosystémiques dont le climat.

L’avis délibéré de l’Autorité Environnementale (AE)* sur le projet de PRFB rejoint l’analyse de la SEPANSO

Non seulement, les services rendus par les écosystèmes forestiers (qualité de l’eau, de l’air, atténuation du réchauffement climatique, qualités paysagères et autres aménités)  risquent de disparaître peu à peu avec le temps, mais c’est l’avenir même de la sylviculture qui est en jeu à moyen terme.

Les associations de protection de l’environnement ne peuvent cautionner un tel projet.

Nous alertons le public sur les dangers du modèle de gestion industrielle actuellement en cours dans le massif landais. Ce modèle risque en effet de s’étendre à l’ensemble de la nouvelle région en faisant disparaître peu à peu les forêts de feuillus ou mixtes au profit de monocultures par le biais de coupes rases et plantations de résineux avec  traitements mécaniques, voire chimiques,  comme c’est déjà le cas en Périgord.

L’acceptabilité sociétale semble être une préoccupation obsessionnelle des rédacteurs du projet, réaction probable aux critiques des populations face aux dommages constatés dans les paysages soumis aux coupes rases et dessouchages le long des routes landaises. A ces inquiétudes, le projet répond par l’intention de mieux communiquer sur les bienfaits de la gestion forestière actuelle, dite « durable », ce qui en réalité s’apparente à un endoctrinement des propriétaires, des élus et des populations à commencer par les scolaires.

Il est encore temps de donner  un avis défavorable à ce projet en contribuant à la consultation publique sur le site de la DRAAF : http://draaf.nouvelle-aquitaine.agriculture.gouv.fr/PRFB-Consultation-du-public

*voir le rapport de présentation du projet de PRFB sur le site  http://draaf.nouvelle-aquitaine.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/PRFB-_Juillet_2019-Complet-Light_cle0b36c7.pdf

* voir les remarques et recommandations de l’AE : http://www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/191106_prfb_nouvelle_aquitaine_delibere_cle0834a9.pdf

 

 

 

Sapins de Noël : un choix NON pertinent pour la planète.

Le sapin de noël relève de l’agriculture alors que nos pins maritimes relèvent de la forêt. Les sapins de Noël sont produits majoritairement dans le Morvan et dans la Brenne.
Nous considérons que, de façon générale, utiliser des terres et de l’énergie pour produire des choses qui ne servent à rien n’a pas tellement de sens. En l’occurence, cultiver un arbre pour le faire mourir à petit feu dans le salon, n’est pas très pertinent pour la planète. Les terres en culture de sapins auraient probablement pu produire des choses plus intéressante pour l’humanité et on aurait aussi pu éviter ces transports inutiles de sapins.
A ceci s’ajoute la méthode de culture à grand renfort de traitements chimiques; Un certain nombre de points d’eau du Morvan sont contaminés par des doses substantielles de produits dédiés au traitements en forêt. Mais comme aujourd’hui ces produits sont très peu utilisés en forêt, on peut supposer que l’essentiel vient des cultures de sapins.
Le minimum que nous devons exiger des producteurs, est qu’ils les cultivent en bio. Ça existe, y compris dans le Morvan, et c’est à peu près la seule garantie de non traitement chimique.

Celà dit, le poids économique de la production de sapin de Noël dans le Morvan est important et il serait utile de prévoir une transition en douceur. Transition qui n’est cependant pas du tout à l’ordre du jour, les producteurs cherchant plutôt à ce développer (et même avec le soutien du parc naturel régional du Morvan. Une solution sur le bassin  : décorer son pin maritime ou se passer de sapin de Noël.

La parcelle dite Colbert 2 abrite des chênes de 250 ans. C’est la nature du sol qui détermine la hauteur de l’arbre

Epiceas janvier 2018 dans le Jura aux Fourgs

Plage du Bétey, pin maritime  avant le passage de la tempête Amélie, octobre 2019

Tamaris printemps 2018 sur la plage du Bétey devant l’école à Andernos-les-bains

Vers un oxymore : la forêt landaise

le warf de la Sallie  2012

le warf de la Sallie 2012

un morceau de forêt landaise

un morceau de forêt landaise

A Biscarosse, samedi 18 mai dernier, la « forêt landaise », thème de la conférence, avait en cette journée pluvieuse de la mi-mai attiré nombre de spectateurs. Forestiers plus de cinquagénaires, gemmeurs, naturaliste et hommes politiques. Peu de femmes dans la salle; « Forêt landaise »: ces mots suggérent la découverte d’un trésor patrimonial, la nature, la forêt usagère, une forêt qui après Klaus, Xynthia et leurs conséquences pour les exploitants, est à la croisée des chemins. « Forêt landaise »,c’est aussi la forêt dunaire, la lutte contre l’érosion éolienne et maritime, la vie du forestier, es méthodes de marquage, d’abattage et le gemmage !

Or, malgré le professionnalisme patent du médiateur et des organisateurs, la conférence scientifique a tourné à la foire commerciale, chaque enseigne venant vanter son produit.
Oxymores, techniques oratoires dignes de Caton l’ancien et langues de bois ont noyé des retours d’expérience originaux et des questions de fond.

Quelques spots : un petit film  a vanté les prouesses du progrès technique en soulignant avec force le peu de cerveille nécessaire pour se servir d’engin dévastateur à la fois sur le plan sylvicole et sur le plan de l’emploi puisqu’une tête d’abatteuse supprime 4 emplois sur 5…. Mais quelle chance de pouvoir jouer « pour de vrai » à des jeux vidéo et de gagner ainsi sa vie en forêt afin de pouvoir apercevoir les chevreuils ou cueillir des champignons !…Mais de qui se moque-t-on ? Connait-on le nombre de décibels générés par de tels engins ? A-t-on seulement parler de la quantité d’entrants (engrais, pesticides) nécessaires pour tel type de culture ? On replante oui mais on crée des champs d’arbres alignés et non des forêts…
A la question d’une auditrice sur la préservation de la biodiversité avec l’emploi d’une tête abatteuse, on pourrait ajouter :  » Combien d’emploi, combien d’espèces animales et végétales disparaissent ? Et combien de tonnes de C02 génèrent le labour, la plantation puis la coupe industrielle ? Quelle est la qualité de ces fibres de bois qui sont poussées ? D’ailleurs qu’est-ce qu’une forêt ?  »

Oxymores et langues de bois : A la question « quelles mesures avez-vous pris après le passage des tempêtes Klaus et Xynthia » on a répondu « nous avons pris une caisse de prévoyance complémentaire »…. « l’état subventionne le traitement des piles [de tronc entassés sur des dizaines d’hectares et arrosés régulièrement pour éviter la pourriture] »
Une intervenante dans la salle parle de techniques anciennes étudiées et valorisées par de récentes études scientifiques : la plantation diversifiée autour des pins qui empêche les chenilles processionnaires d’atteindre les pins. Pourquoi n’a-t-on pas adopter ces méthodes dans les plantations postérieures aux grandes tempêtes ? La réponse fut apportée un peu plus tard : Un des orateurs,Jacques Hazera de l’association européenne Pro sylva, fait part de son expérience : il cultive ses pins sans labour mais se permet de faire des plantations complémentaires au milieu de la régénération naturelle. Cette méthode limite les frais, le travail et apporte un rendement supplémentaire tout en préservant la biodiversité. Il montre des courbes de rendement du pin en citant les travaux de Jean-Paul Mogé; « courbes traffiquées »hurle un homme dans la salle
Un autre auditeur accuse le perturbateur d’être payé par le syndicat des consommateurs de champs d’arbre bref il serait juge et parti. Le médiateur intervient le maire de Biscarosse calme le jeu. Efervescence dans la salle !

Quelques repères historiques donnés par Gilles Granereau de l’ONF;

Dès le XIVème siècle on parle des pins des landes (source : archives départementales de Bayonne)

En 1960 un ingénieur Guy Jounet reprofile des dunes à l’aide d’un bulldozer[Coincidence : en 1954 on rencontrait encore dans les landes des familles de chevaux sauvages (ou redevenus sauvages les Leddons ils ont tous disparu ]

Deux administrations se disputent la gestion du territoire : les eaux et forêts et les ponts et chaussées

En 1966 création de l ONF
En 1980 l’ONF s’entoure de scientifiques, contrôle souple des sables
En 2000 création du réseau Natura 2000

La forêt dunaire est confrontée à trois types d’érosion : une érosion maritime, une éolienne et une anthropique celle due aux « loisirs motorisés ». Les déchets peuvent venir des fleuves (macro déchets) mais aussi des hommes qui fréquentent les plages et des rejets en mer. Les érosions maritimes et éoliennes seront contenues grâce à l ‘entretien du cordon dunaire et l’érosion anthropique grâce au « plan plage » de l’ONF, qui tente d’éduquer le public.

Entretien du cordon dunaire :
Branchage, Gourbet ou chardon des dunes ou Oyax (dans le nord)(depuis 1987) et chiendent des sables (ou Gourbetine).
Cela permet de contrôler le déplacement doux des dunes.
et de maintenir le lézard ocelé, et d’autres animaux inféodés à cet habitat.

Enfin, il faut savoir qu’une plage trop propre est une catastrophe écologique , la laisse de mer participe de la lutte contre l’érosion et de la préservation de la biodiversité. A Mimizon, Moliets, Seignosse et Tarnos, on conserve les laisses de mer. Et sur le Bassin ?

Pour François Claveirole de l ON F on ne peut gérer de forêt sans avoir de vision ; le »guide de la sylviculture spécifique » peut nous en donner une : celle d’une forêt mixte avec des feuillus (chêne pédonculé, chêne liège et chêne vert), dominée par le pin maritime. On utilise la régénération naturelle et la fonction de production de la forêt landaise nous permet de financer la protection du cordon dunaire, le maintien de la biodiversité et l’éducation du public. Enfin les méthodes de coupe et de vente se modifient : on vend de moins en moins d’arbres sur pied et de plus en plus d’arbres coupés et stockés en bord de route en faisant appel aux scieries locales.
Une autre vision est la préservation de la biodiversité : les bois sénescents restent sur les dunes côtières. En effet, la forêt littorale dunaire est un écrin et un attrait touristique.
Question de Jean-Marc du COmité de Vigilance : » l’ONF fait -elle une relation entre l’atteinte des pins en bord de mer et les rejets du Warf de la Salie? »
-Non c’est le sel et le mitraillage une évolution naturelle. »
Pourtant l’année dernière, des scientifiques suisses avaient répondu positivement à cette question….

Un intervenant, passionnant par ailleurs , s’excuse de devoir respecter la réglementation; un autre dit qu’il passe son temps à Bruxelles pour participer à des classifications et obtenir des subventions.

Notons que les problèmes soulevés (pourquoi construit-on en bois scandinave et bavarois en Aquitaine ?) mériteraient une étude sérieuse et une véritable réponse. Il est possible de construire en pin maritime.

Enfin le dernier intervenant fait un cours sur la production et la consommation mondiale de collophane, les différents acteurs et démontre que la forêt landaise (et non pas les champs darbres)donne un produit de qualité supérieure à celle qui vient d’Asie. Hélas Claude Gourraud, « lE » Gemmeur,malade, n’a pu venir. Cela manque de travaux pratiques… On aurait aimer pouvoir aller sur place,toucher les choses.

Quels enseignements tirer de tout cela ? Que les schémas mentaux ne changent pas : l’écoute de l’autre, la remise en cause d une foi aveugle dans le progrès technique, la capitalisation des bénéfices et la mutualisation des pertes sont toujours à l’ordre du jour. Pourquoi toujours penser que l’autre, celui qui expérimente avec audace (ou paresse) une autre méthode, moins coûteuse et plus en harmonie avec la nature est forcément l’homme (ou la femme) à abattre ? A suivre l’année prochaine ?

Caton l’ancien : homme politique romain qui finissait toujours ses discours par la phrase Il faut détruire Carthage. Cartago delenda est.